Les Ménines

Description générale de l'hôtel Lambert

Bannière Lambert

Détail de la galerie d'Hercule à l'hotel Lambert.
Merci à Mariana pour son aide précieuse. 

Attention : cet article, très illustré, peut être long à charger.

Les façades principales de nombreux hôtels particuliers de l’île Saint-Louis se trouvent aujourd’hui sur les quais, les rues intérieures étant réservées à de petites maisons. En effet, au XVIIe siècle, les architectes choisissaient volontiers d’installer le corps principal des bâtiments le long de la Seine, afin que leurs clients bénéficient d’une vue agréable sur le fleuve. Cours et jardins étaient relégués à « l’intérieur des terres ». L’hôtel Lambert se distingue de ce modèle. Occupant une superficie importante, la seconde de l’île jusqu’au XIXe siècle,  il possède son entrée principale rue Saint-Louis-en-l’île. Une façade et un jardin surplombent le quai d’Anjou. Si la forme de la parcelle de Jean-Baptiste Lambert est similaire à celle de son voisin, Claude Le Ragois de Bretonvilliers, les deux architectes, Louis Le Vau et Jean Androuet du Cerceau, ne les ont pas exploitées de la même façon. Androuet du Cerceau a aligné, comme cela se faisait à l’époque, le portail d’entrée de l’hôtel, son vestibule et son corps de logis. Pour cela, il a placé l’entrée principale de la maison dans une rue latérale, les jardins, particulièrement étendus, ouvrant sur la pointe orientale de l’île. La parcelle Lambert, elle, ne possédait pas de commode petite rue perpendiculaire par laquelle les occupants du bâtiment auraient pu entrer et sortir.  Voilà pourquoi Le Vau décida de ne pas aligner l’entrée de l’hôtel sur ses jardins, et donc d’orienter la cour d’honneur vers la rue Saint-Louis-en-l’Ile, donnant ainsi à la maison deux axes perpendiculaires.

Deux schémas pour mieux comprendre l'organisation des hôtels de Bretonvilliers (à gauche) et Lambert (à droite)

L'hôtel de BretonvilliersL'hôtel Lambert
L'hôtel Lambert vu du ciel



La pointe orientale de l'île Saint-Louis par Raguenet
Jean-Baptiste Raguenet (1715-1793)
La pointe orientale de l'île Saint-Louis, avec l'hôtel de Bretonvilliers et l'hôtel Lambert (au second plan)
1757
Paris, musée Carnavalet.


Un portail monumental, haut  de deux étages, ouvre l’hôtel sur la cour. Au rez-de-chaussée, deux colonnes doriques, qui seraient suivies sur la cour de pilastres du même ordre, ornent le grand escalier. Elles sont  surmontées d’un entablement orné d’une frise et d’une loggia, décorée, elle, de colonnes ioniques. Un fronton triangulaire couronne l’ensemble.  L’escalier de Le Vau, inspiré des palais génois et des villas palladiennes, était novateur pour l’époque. Une volée de marches, face  à l’entrée, conduit à un premier perron, décoré par Eustache Le Sueur d’un fleuve et d’une naïade. Des deux côtés de ce perron partent deux escaliers menant l’un à un vestibule octogonal, conduisant dans l’aile privée des Lambert, l’autre à un vestibule ovale, vers le jardin et les pièces d’apparat. Du palier sur lequel aboutit ce dernier escalier part une nouvelle volée de marche conduisant à l’étage supérieur.

La cour de l'hôtel Lambert

La cour de l'hôtel Lambert
Trois vues de la cour de l'hôtel.

(La troisième photographie a été prise dans les années quarante. La fontaine que l'on peut voir dans la cour n'a pas subsisté.)

Au rez-de-chaussée sur la cour à droite se trouvaient, au XVIIe siècle, la cuisine, l’office, le garde-manger et la salle du commun. Les visiteurs pouvaient voir à gauche les logements du portier et des officiers ainsi que les remises de carrosses de part et d’autre de l’escalier central. Elles menaient à de petites cours et des écuries, situées deux étages sous la galerie d’Hercule et dotées d’un accès au quai. Cette superposition des communs et des appartements d’apparat était considérée au temps de Jean-Baptiste Lambert comme particulièrement inconfortable, notamment en raison des odeurs de cuisine. Pour remédier à ce problème, Le Vau orienta les pièces de service vers la cour, les enterrant côté jardin où ils ne possèdent que quelques soupiraux. De même, les fenêtres du grand appartement ne donnent que sur le jardin, à l’exception d’une ouverture sur la cour. Les écuries, sous la galerie, sont cachées de la même manière de la vue des habitants de la maison. En outre, l’hôtel Lambert est l’une des rares demeures parisiennes de cette époque qui ne permet pas de passer directement de la cour au jardin. Alors que les façades sur cour étaient généralement plus soignées que celles donnant sur le parc, Le Vau choisit au contraire de décorer celle de l’hôtel Lambert de grands pilastres ioniques, anticipant la mode qui, une vingtaine d’années plus tard, privilégiera le jardin à la cour.


Coupe longitudinale de l'hôtel Lambert par Mariette (1737). Paris, musée Carnavalet.

Façade de l'hôtel sur le jardin

Façade de l'hôtel sur le jardin
Quatre vues du jardin de l'hôtel Lambert.

L'hôtel Lambert

L'hôtel Lambert
Façade de l'hôtel sur le quai d'Anjou

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Au premier étage du grand l’escalier, le vestibule ovale desservant les appartements d’apparat est décoré depuis le XVIIe siècle de matrones romaines en camaïeu. Il ouvre d’un côté sur ce qui était au temps de Jean-Baptiste Lambert une galerie basse, devenue rapidement après lui une antichambre et une bibliothèque (d’après un de mes plans, cette galerie aurait été reformée pour devenir une salle à manger) et de l’autre sur une grande salle possédant cinq fenêtres directement sur le jardin. Cette dernière pièce a été divisée entre 1708 et 1752 pour former une antichambre et une salle d’assemblée. Tout au bout de cette aile se situait le cabinet de l’Amour, aujourd’hui largement démembré, qui ouvrait sur le jardin et possédait une façade aveugle sur la rue Saint-Louis-en-l’Ile. A ses côtés se trouvaient une chambre et son alcôve, ainsi qu’un minuscule cabinet. Un étage au-dessus, la distribution de la seconde partie des appartements d’apparat était voisine à celle de la première. Un vestibule, peint en grisaille (par Le Sueur ?) conduisait à la galerie d’Hercule, au plafond peint par Le Brun. Comme à l’étage inférieur, deux pièces, au XVIIIe siècle une antichambre et une chambre, précédaient la chambre des Muses, décorée entre autres par Le Sueur et aujourd’hui également dispersée.

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Sept photographies anciennes de l'hôtel Lambert. Les deux premières datent de 1898, la troisième de 1924, la quatrième et la cinquième de 1900, l'avant-dernière de 1902 (le cartel précise qu'il s'agit de la façade du quai d'Anjou) et la dernière de 1908. Toutes sont l'oeuvre d'Eugène Atget et sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France. On peut remarquer que la porte de l'hôtel coté quai d'Anjou (avant-dernier et dernier clichés)  a changé entre 1908 et 2007.

Quelques plans de l'hôtel Lambert

Plan ancien du premier étage de l'hôtel Lambert Plan ancien du deuxième étage de l'hôtel Lambert Rez-de-chaussée de l'hôtel Premier niveau de l'hôtel Deuxième niveau de l'hôtel Troisième niveau de l'hôtel

Hébé

Vos commentaires

1 Le Mercredi 14 Novembre 2007 à 16:42 GMT+2, par nat

Précieux plans de l'hôtel Lambert...mais où sont donc mentionnées les côtes de ces plans?

2 Le Samedi 17 Novembre 2007 à 21:15 GMT+2, par Hébé

Bonsoir Nat
Les deux plans anciens sont reproduits dans de nombreux livres, notamment "L'île Saint-Louis", le plus complet sur l'hôtel Lambert, publié par l'action artistique de la ville de Paris en 1997. Je n'arrive en revanche pas à retrouver la référence des autres, désolée.
Cordialement, et avec toutes mes excuses pour ce long délai de réaction
Hébé.

3 Le Dimanche 7 Septembre 2008 à 10:14 GMT+2, par mediamuse

Les grisailles du vestibule (par le Sueur?) pourraient-elles être plus récentes et semblables à celles du Grand Vestibule du Palais de la Légion d'Honneur dont l'auteur est l'artiste suisse Séraphin Vanoni (1841-1874)?
Existent-elles encore in situ? Dans quel ouvrage peut-on en voir des reproductions?

4 Le Jeudi 11 Septembre 2008 à 20:42 GMT+2, par Hébé

Bonsoir Mediamuse !
Plusieurs grisailles dans les vestibules ovales du premier et du deuxième étage de l'hôtel Lambert ont subsistées in situ (ainsi que d'autres dans une chambre, une antichambre, et sur le palier central de l'escalier). Alain Mérot les attribue dans son catalogue à Le Sueur et à son entourage (elles dateraient donc du XVIIe siècle, et seraient donc assez différentes de celles du musée de la Légion d'Honneur, à mon avis).
Celles du vestibule ovale du premier étage ont été restaurées par Eugène Delacroix en 1843. Je n'en connais aucune reproduction.
Les grisailles du second étage (vestibule ovale toujours) seraient très fines. L'une (deux caryatides soutenant un vase, avec, au-dessus, un faux bas-relief représentant le triomphe de Bacchus) a été gravée par E. A. Petitot. Cette estampe est conservée à la bibliothèque nationale. Je peux vous scanner demain après-midi, si vous le désirez, la reproduction qu'en donne Alain Mérot dans son catalogue raisonné de l'oeuvre d'Eustache Le Sueur (références complètes dans la bibliographie).
Très cordialement,
Hébé.

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